La Pluriversité Africaine
des Savoirs 

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La Pluriversité Africaine des Savoirs est un espace de recherche-action-création, de production et de diffusion de connaissances qui fonde sa démarche sur l’idée que les savoirs, savoir-faire et savoir-être sont aux fondements des sociétés humaines et de la vie commune. Ceux-ci soutiennent et reproduisent les ordres sociaux, politiques, économiques et écologiques.

La Pluriversité Africaine des Savoirs part du postulat de la diversité des modes de connaissance et d’approche du réel ainsi que de la pluralité épistémique de l’humanité. L’un des enjeux d’un tel espace est de pouvoir y penser et y expérimenter la pluralité des expériences du savoir, en reconnaissant l’égalité de principe des différentes traditions épistémiques et des modes de connaissance, ainsi que leur incommensurabilité. Il s’agit de reconnaître un pluralisme épistémique, qui admet la particularité de la science et son efficacité, tout en contestant sa prétention au monopole de la capacité d’élucidation du réel et d’action sur celui-ci. Cela signifie en finir avec une monoculture de la connaissance, en permettant une constellation de différents savoirs, qui interagissent dans une écologie des savoirs et qui sont complémentaires.

Le parti pris de l’élargissement de la géographie des savoirs se fonde prioritairement à la Pluriversité sur l’exploration des ressources épistémiques issues des cultures africaines, en explorant aussi bien ses savoirs scientifiques que ses épistémès du sensible; en envisageant les corps, les productions matérielles des sociétés, les oralités, les musiques, la vaste étendue de la semiosphère ainsi que le patrimoine matériel et immatériel comme des lieux épistémiques produits par ces sociétés et qui ont assuré leur pérennité.

La perspective de la Pluriversité Africaine des Savoirs est celle d’une recherche post-abyssale[1]. Celle-ci s’intéresse en priorité à des savoirs qui émancipent les individus et les groupes humains plutôt qu’à ceux qui reproduisent les dominations et les hégémonies. Partant d’une réflexion sur la non-neutralité des savoirs, il s’agit de s’intéresser aux connaissances qui capacitent positivement les individus et qui impactent l’amélioration de leurs conditions de vie. L’idée est de mettre à la disposition des sociétés humaines toutes leurs ressources épistémiques, afin de leur permettre de mieux répondre à leurs défis. Il s’agit de mettre les savoirs prioritairement au service de l’émancipation des individus et des communautés humaines. Une orientation particulière est donnée au sein de la Pluriversité à une recherche-action-création qui vise à répondre à cette fin. 

L’objectif ultime de la Pluriversité Africaine des Savoirs est de mettre les connaissances au profit de la dignité humaine et celle des communautés. Pour cela, il est nécessaire de mobiliser le patrimoine commun des savoirs scientifiques, mais aussi d’explorer et parfois de réhabiliter les savoirs endogènes dont regorgent les sociétés, mobiliser ces derniers dans l’ensemble des travaux et projets de la Pluriversité, et plus particulièrement, dans ceux qui consisteront à agir sur les territoires dont ces savoirs sont issus. Il s’agit de penser et de définir des savoirs qui permettent de fabriquer des humains libres, capables de résister à la désubstantialisation de l’humain en cours. Fabriquer la dignité, c’est fournir les outils qui permettent de résister à ce dessein. 

Une première fabrique de la dignité et de la liberté est un système éducatif transversal qui inclut tous les foyers épistémiques des sociétés et qui veille à disséminer dans le corps social des savoirs, savoir-faire et savoir-être qui émancipent, qui maintiennent des mondes et des modes de vie menacés de disparition, qui restaurent, réparent et soignent, qui permettent à des communautés de ré-exister.  Ces savoirs sont l’une des faces de Janus des connaissances. Le parti pris de la Pluriversité est de considérer parmi les savoirs ceux qui émancipent.

L’objectif de la Pluriversité étant d’agir sur le réel et partant du postulat que l’Action nécessite d’être pensée, elle s’est dotée d’une Philosophie de l’Action qui réfléchit aux principes qui guident celle-ci (éthique de l’action). La Philosophie de l’Action réfléchit ainsi à ce qu’agir signifie, en vue de quoi agit-on (intentionnalité) et à la manière d’agir (méthode-process).

L’horizon ultime de la Pluriversité Africaine des Savoirs est de devenir une véritable Fabrique de la dignité à partir de laquelle les ressources épistémiques et expérientielles plurielles des sociétés sont mises au profit de l’émancipation des individus et des communautés. Pour cela, il est nécessaire de configurer des économies politiques de la dignité et de les déployer dans des espaces concrets du réel. 

Préoccupée par la question de l’archive et de la transmission ainsi que la préservation de la mémoire active de l’expérience et sa transformation  en ressource potentielle, la Pluriversité produit des savoirs destinés aux mondes académiques et aux différents foyers épistémiques, mais aussi aux mondes professionnels, aux citoyens appartenant à différents corps de métiers, aux individus pour leur seule édification, bref à la société en général en pensant des formats et des démarches pédagogiques adaptés aux différents publics auxquels ces savoirs s’adressent. 

Il s’agit de repenser les rapports savoirs et sociétés en œuvrant à une meilleure dissémination de ceux-ci dans les corps sociaux.  Il s’agit aussi d’intégrer dans les corpus, les savoirs issus des différents lieux épistémiques des sociétés africaines en les mettant en dialogue avec les savoirs scientifiques dans des espaces trans-épistémiques afin de favoriser leur interfécondation. Il s’agit enfin lorsque c’est nécessaire, de préserver les savoirs du geste extractiviste et de permettre aux communautés qui les ont produites d’en assurer la préservation et de choisir les conditions de leur transmission.

La Pluriversité se veut ainsi un centre de ressources pour les savoirs et savoir-faire qui émancipent, notamment un espace de collecte des savoirs de la dignité. Ayant pour ambition de passer de l’utopie active à la forge des réels, la Pluriversité est une Fabrique des présents souhaitables dont elle pense l’éthique, élabore la pensée et configure l’ingénierie.


[1] Boaventura De Sousa Santos, Épistémologies du Sud : Mouvements citoyens et polémique sur la science, DESCLÉE DE BROUWER, 2016.

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